Fin novembre, les promotions se multiplient, les colis aussi… et les escrocs le savent. Voici comment repérer les pièges courants, réagir vite si quelqu'un s'est fait avoir dans votre entreprise, et ce que votre banque doit faire selon l'arrêt rendu le 15 octobre 2026 par la Cour de justice de l'Union européenne.
Avant d'acheter : reconnaître une fausse boutique
Safeonweb, le site du Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB), le rappelle : les escrocs imitent souvent les sites de grandes enseignes et vous guident vers de fausses pages de paiement. Le SPF Économie conseille quelques vérifications :
- La réputation. Cherchez le nom du site avec les mots « plaintes » ou « avis client ». Méfiez-vous d'une adresse qui ressemble de très près à celle d'un site connu, et d'un site récent qui n'affiche que des avis très positifs.
- L'identité du vendeur. Un commerçant doit indiquer son nom, son adresse physique, son adresse e-mail et son numéro d'entreprise. Aucune coordonnée ? Passez votre chemin.
- Le prix et la pression. Un prix nettement plus bas qu'ailleurs, un compte à rebours, « stock limité », « dernier jour » : ce sont des signaux pour vous faire commander sans réfléchir.
- Le paiement. Évitez les sites qui n'acceptent que le virement. Et retenez ceci : le cadenas « https » ne garantit pas qu'un site est honnête.
Pour le matériel de l'entreprise, achetez de préférence chez un fournisseur que vous connaissez déjà, plutôt que via une publicité vue sur les réseaux sociaux.
Les faux SMS et mails « colis »
C'est l'arnaque la plus connue : un message au nom d'un transporteur annonce un problème de livraison et demande de payer des frais de port. Safeonweb est clair : le message est faux. Ne cliquez pas sur le lien, n'ouvrez pas les pièces jointes, n'installez aucune application. Transférez le message à [email protected] puis supprimez-le. Pour un SMS, une capture d'écran suffit. Le CCB y reçoit en moyenne plus de 40 000 mails suspects par jour (premier semestre 2026) : chaque signalement aide à bloquer les faux sites.
Au bureau : la fausse facture et le « nouvel IBAN »
Pour une entreprise, le piège le plus coûteux est souvent la facture modifiée : un fournisseur habituel « change de numéro de compte », ou une vraie facture reçue par mail porte un faux IBAN. Le SPF Économie et le CCB recommandent de comparer le numéro de compte avec celui que vous connaissez, d'appeler le fournisseur sur un numéro que vous avez déjà (pas celui de la facture), et de faire valider les paiements par plusieurs personnes au-delà d'un certain montant.
Vous vous êtes fait avoir : les premiers gestes
- Bloquez vos cartes et applications de paiement en appelant Card Stop au 078 170 170 (24 h/24, 7 j/7). Card Stop ne vous demandera jamais votre code secret.
- Prévenez votre banque tout de suite, et en cas de virement vers un fraudeur, prévenez aussi la banque qui a reçu l'argent.
- Portez plainte à la police locale ou via Police on Web, avec une chronologie et des captures d'écran.
- Signalez : le message à [email protected] ; pour une entreprise, une facture falsifiée sur pointdecontact.belgique.be.
Ce que la banque doit faire : l'arrêt du 15 octobre 2026
Dans l'affaire C-70/25, une cliente d'une banque polonaise avait saisi ses codes de banque en ligne sur un faux site imitant sa banque. Environ 700 euros avaient été transférés. La banque refusait de rembourser, invoquant une négligence grave de sa cliente.
La Cour de justice de l'UE a tranché : en cas d'opération non autorisée, la banque doit rembourser immédiatement, et au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant celui où elle en a pris connaissance ou en a été informée, à condition que le client l'ait prévenue sans retard injustifié. Le fait que la banque estime qu'il y a eu négligence grave ne lui permet pas de refuser ce remboursement. Une seule exception : la banque a de bonnes raisons de soupçonner une fraude du client et communique ces raisons par écrit à l'autorité nationale compétente.
Ensuite seulement, la banque peut réclamer les pertes au client, si elle prouve qu'il a manqué à ses obligations intentionnellement ou par négligence grave. La directive européenne sur les services de paiement fixe aussi un délai : il faut signaler l'opération sans retard injustifié, et au plus tard dans les treize mois suivant la date de débit.
Compte professionnel : lisez votre contrat
Quand l'utilisateur n'est pas un consommateur, l'article 61 de cette directive permet au contrat bancaire d'écarter, en tout ou en partie, plusieurs articles, dont l'article 72 (c'est à la banque de prouver que l'opération a été authentifiée) et l'article 74 (qui limite ce que le client supporte), et de prévoir d'autres délais que les treize mois. La directive laisse aussi chaque État traiter les microentreprises comme des consommateurs. Demandez à votre banque ce qui s'applique à votre compte professionnel.
Remboursé ne veut pas dire protégé
Même remboursé, l'argent peut vous être réclamé plus tard. La vraie défense se joue avant :
- la double authentification sur la messagerie et la banque en ligne ;
- la double validation des paiements au-delà d'un montant fixé ;
- un appel systématique au fournisseur, sur un numéro connu, avant tout changement d'IBAN ;
- la sensibilisation de l'équipe.
Chez MSP Services, nous partons de l'infrastructure avant le logiciel : messagerie, double authentification, procédure de paiement. Cet article est une information générale, pas un conseil juridique. Pour faire le point avant la fin d'année, appelez-nous au +32 (0) 63 41 13 85 ou répondez à notre newsletter.
Sources : Cour de justice de l'UE, communiqué n° 147/26 (affaire C-70/25) ; directive (UE) 2015/2366, articles 61, 71 à 74 (EUR-Lex) ; Safeonweb, Black Friday ; Safeonweb, [email protected] ; Safeonweb, faux messages colis ; CCB, fraude aux factures ; SPF Économie, identifier un site non sécurisé ; SPF Économie, fraude à la facture ; Card Stop ; Police fédérale, porter plainte.